Indicateurs de richesse et de bien-être. Des pistes de réflexion pour la commission Stiglitz

 Abou Yasmina
Jeudi 11 Mars 2010

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Voici un document et vidéo sur le sujet qui peuvent etre mis en debat sur votre forum . Depuis plus de quarante ans, on s'interroge sur les liens entre croissance économique, développement (économique, social et environnemental) et bien-être. Conclusion : le PIB des sociétés développées ne cesse de croître quand, au mieux, le bien-être des individus stagne. Faut-il dès lors changer nos instruments de mesure de la richesse ? En janvier 2008, le président Nicolas Sarkozy a confié au prix Nobel d'économie Joseph E. Stiglitz l'animation d'un groupe de réflexion sur ce sujet. Cet essai a l'ambition d'ouvrir plus largement le débat et de proposer des orientations stratégiques.

Le PIB est-il bien adapté aujourd'hui pour guider les politiques économiques et sociales ? Associé à la croissance, l'emploi, voire à la richesse, il laisse de côté bien des dimensions qui permettent d'évaluer le progrès des nations et la qualité de vie des populations. Que faire ? Garder cet indice « qui est le moins mauvais possible » et aménager les autres indicateurs économiques existants ? Intégrer des dimensions non monétaires dans le cadre de comptes satellites ? Opter pour une solution plus radicale qui consiste, pour les intégrer au PIB, à monétariser des facteurs sociaux comme le bénévolat, le travail domestique, les loisirs ? Elaborer un nouvel indice, distinct du PIB, fondé sur des données objectives comme l'indice de développement humain du PNUD, ou sur des données subjectives comme le SBW (Subjective Well-Being) ? C'est à ces questions que devra se confronter la commission Stiglitz, des questions de méthodologie qui ne peuvent être tranchées sans répondre à l'interrogation de savoir quels sont les objectifs poursuivis et les publics visés. Car, derrière ces débats souvent très techniques, se dissimule l'enjeu du modèle de société à promouvoir. Les outils de compréhension à élaborer n'ont pas une seule vocation d'évaluation, mais aussi et surtout, de prescription des politiques publiques à venir.

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 Allalat
Vendredi 3 Septembre 2010

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Le PIB constitue l’instrument de mesure synthétique de l’activité de production de l’économie nationale conformément au contour du champ de production tel qu’il est préconisé par le système de comptabilité nationale en vigueur (le SCN 1993). Ce champ comprend :
- La production de tous les biens et services destinés être vendu au marché ;
- La production de tous les biens utilisés pour compte propre ;
- Le loyer non marchand des logements occupés par leurs propriétaires ;
- Les services domestiques rémunérés;
- La production non marchande des administrations publiques et des institutions sans but lucratif au service des ménages.

Dans ce cadre, cet agrégat se limite à fournir une mesure globale de l’accroissement de la richesse matérielle dégagé de toutes les activités de production relevant du contour précité et de ce fait, il a son utilité pour la gestion de la vie économique des pays. Toutefois, son champ d’utilisation a été souvent élargi à tort à d’autres domaines comme la mesure du progrès des sociétés, du niveau de vie et du bien-être.

Ainsi, étant donnée la globalité et le champ de couverture ainsi que le caractère multi dimensionnel de ces dernières variables, le PIB exprimé par habitant ne peut à lui seul refléter leurs niveaux et leur évolution, en particulier en ce quoi concerne le bien-être de la population.

Au-delà du PIB, d’autres variables de la comptabilité nationale peuvent servir à mesurer et à suivre l’évolution des niveaux de vie de la population. Il s’agit des variables liées aux ménages, comme le revenu disponible (ou mieux le revenu disponible ajusté), la consommation finale, la richesse et leur distribution selon les catégories sociales.

Les données sur les revenus disponibles et la consommation finale sont disponibles et publiées régulièrement dans les publications des comptes nationaux. Les enquêtes sur la consommation et les niveaux de vie des ménages peuvent fournir la répartition du revenu et de la consommation selon les catégories des ménages. La prise en compte de la richesse passe par la construction des comptes nationaux de patrimoine. Celle-ci nécessite la disponibilité des données comptables de touts les agents économiques qui font actuellement défaut.

Concernant le progrès social et le bien être, la commission Stiglitz va plus loin et recommande de prendre en compte la dépréciation du capital, la diminution des ressources naturelles et la dégradation de l’environnement. L’évaluation de ces dépréciations mène à des indicateurs de revenu en net. Cette évaluation posera plus de difficultés pratiques et aussi d’ordre conceptuel et nécessitera le développement de la production statistique.

Aussi, si le SCN 1993 inclut dans la frontière de production tous les biens non marchands produits par les ménages, pour les services non marchands, seuls le loyer imputé et les services domestiques rémunérés sont pris en compte. Ainsi, les autres services que les ménages produisent eux même ne font partie ni du PIB ni du revenu disponible. Afin de s’orienter vers une notion de « revenu total » et de « consommation totale », il est proposé d’intégrer les mesures :
• des travaux domestiques (ménage, cuisine, garde des enfants…) non rémunérés;
• des activités de loisir ;
• de la conduite pour se rendre au travail,
Les travaux de mesure de ces activités doivent être réalisés en commençant par le calcul du temps consacré à la réalisation de ces activités et ensuite par la prise en compte globale et périodique de ces activités dans le cadre des comptes satellites. Une enquête sur l’emploi de temps de la population est prévue, par le HCP, pour 2011. Celle-ci va permettre de confectionner un compte satellite des ménages tenant compte de toutes les activités des ménages et du bénévolat.

Ceci étant, le HCP s’est attelé depuis quelques années à développer, sur la base des enquêtes sur les niveaux de vie et des dépenses de consommation, des indicateurs pour saisir l’évolution du cadre de vie des populations. Il s’agit des indices sur la pauvreté monétaire qui sont établis aussi bien pour le niveau national que les niveaux régional et local. Ils sont complétés par des indications sur l’évolution de la répartition de la richesse, notamment la concentration des revenus, à travers l’indice de GINI.

Les efforts consentis par le HCP pour élaborer une plateforme informationnelle, susceptible d’offrir à la prise de décision des indications plus fines sur le développement humain et couvrant des aspects en relations avec des facteurs non monétaires tels les services sociaux de base, se sont matérialisés par ailleurs par l’établissement de l’indice du niveau de vie des ménages. Une telle investigation technique s’inscrit également dans le cadre de la contribution du HCP au débat conduit actuellement au niveau international sur la pertinence de l’indice de développement humain utilisé par le PNUD.

Les différentes manifestations organisées dans plusieurs régions du monde montrent que les indicateurs statistiques ne devraient pas être figés dans le temps et dans l’espace. De nos jours, les sociétés évoluent rapidement, sous l’effet de la globalisation de l’information et du savoir. Les comportements des individus et leurs sources de revenus sont également en mutation continue, ce qui appelle une adaptation des systèmes statistiques, sur la base de réflexions conduites dans le cadre de la transparence et du respect déontologique requis dans ces domaines.